La fournaise ardente - La Foi Inconditionnelle
-> « Même s'il ne le faisait pas » - Daniel 3
Dans un monde qui exige un compromis constant, nous sommes tous confrontés à des "fournaises". Qu'il s'agisse de pressions professionnelles ou de dilemmes éthiques, la question reste la même : jusqu'où irons-nous pour rester fidèles ?
Le récit de Daniel 3 qui met en scène trois jeunes hommes : Anania, Michaël et Azaria, nous montre que la souffrance n'est pas une fatalité, mais un révélateur.
Dans ce récit de Daniel 3, nous découvrons une confrontation socio-politique et spirituelle d'une extrême intensité. Le roi Nebukadnezar fait ériger une statue d'or géante de soixante coudées de hauteur et six coudées de largeur dans la vallée de Dura, dans la province de Babylone, ordonnant à tous les peuples de se prosterner et d'adorer cette effigie au son de la musique sous peine d'être jetés à l'instant même dans une fournaise ardente. Face à cet édit totalitaire exigeant un culte idolâtre, Shadrak, Méshak et Abed-Nego choisissent une résistance absolue fondée sur leur fidélité exclusive au Dieu d'Israël.
La portée de cette résolution est mise en relief par la question du souverain au verset 14 :
« Est-ce de propos délibéré ... que vous ne servez pas mes dieux ? »
Le terme « délibéré » renvoie à un acte mûrement réfléchi, arrêté après une délibération consciente et volontaire, à l'image d'un scrutin dont les résultats sont rigoureusement pesés et actés. Leur refus de se prosterner n'est ni un geste impulsif ni une réaction de témérité passive, mais une décision délibérée d'affronter le monarque et de préserver l'allégeance due au Seigneur, en assumant pleinement les conséquences prévisibles de leur choix.
Par la suite, la réplique des trois jeunes Hébreux face à la fureur de Nebukadnezar constitue l'un des sommets doctrinaux de la foi chrétienne.
« Voici, notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise ardente, et il nous délivrera de ta main, ô roi. Sinon et même s'il ne le faisait pas, sache, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux » - Daniel 3:17-18
Par cette confession, Shadrak, Méshak et Abed-Nego opèrent une distinction capitale entre l'omnipotence de Dieu et sa souveraineté absolue.
Nous sommes ici au cœur de la double dimension de la confession de Foi véritable :
• Reconnaitre la Toute-Puissance de Dieu (Son Omnipotence) :
« Notre Dieu ... peut nous délivrer. »
Cette affirmation atteste d'une confiance inébranlable dans la puissance illimitée de Dieu. Quelle que soit l'intensité de la fournaise — fût-elle chauffée sept fois plus qu'à l'accoutumée —, Dieu possède la capacité absolue d'éteindre le feu et d'en frayer une issue. Rien n'est impossible au Seigneur Tout-Puissant.
• Se soumettre à La Volonté de Dieu (Sa Souveraineté) :
« Et même s'il ne le faisait pas... »
Cette déclaration exprime un niveau supérieur de la maturité spirituelle. La foi authentique ne consiste pas en une transaction utilitaire ou contractuelle où le croyant exigerait une intervention miraculeuse comme condition à sa fidélité. Le croyant reconnaît que Dieu a le pouvoir de délivrer, mais qu'Il conserve la liberté souveraine d'agir selon son dessein éternel, que sa réponse soit immédiate, différée ou différente des attentes humaines.
Cette attitude démontre une maturité spirituelle qui refuse de conditionner la piété à l'exaucement d'une prière ou à une guérison physique. Même si la délivrance temporelle tardait ou n'avait pas lieu sur le plan matériel, la position de foi reste inamovible : le croyant refuse de plier le genou devant les idoles du siècle.
De plus, la déclaration « il nous délivrera de ta main, ô roi » constitue une affirmation de victoire spirituelle anticipée.
Quelle que soit l'issue physique subie dans la fournaise — la préservation corporelle ou la mort physique —, l'adversaire est d'ores et déjà vaincu. L'oppresseur n'a aucun pouvoir sur l'âme de celui dont l'allégeance appartient au Seigneur.
En ne cédant pas à la menace, les trois serviteurs ont annulé l'emprise du roi, prouvant que la victoire spirituelle était acquise avant même qu'ils ne soient jetés au feu.
Cette soumission inconditionnelle transforme la nature même de la victoire, la faisant passer du plan temporel au plan éternel.
L'apôtre Paul éclaire la nature de la victoire spirituelle lorsqu'il écrit dans sa seconde épître aux Corinthiens :
« Nous ne perdons pas courage. Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire, parce que nous regardons, non aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles » 2 Corinthiens 4:16-18.
Être « plus que vainqueur », c'est remporter une victoire spirituelle qui surpasse les réalités visibles et matérielles.
L'épître aux Hébreux, dans son chapitre 11, confirme cette vision équilibrée en présentant les deux faces de l'expérience de la foi :
• Ceux qui ont obtenu des manifestations glorieuses et visibles : Par la foi, des hommes et des femmes ont vaincu des royaumes, fermé la bouche des lions, éteint la puissance du feu, échappé au tranchant de l'épée et mis en fuite des armées étrangères - Hébreux 11:33-34.
• Ceux qui sont morts dans la foi sans délivrance temporelle : D'autres héros ont subi les moqueries, le fouet, les chaînes, la prison, la lapidation et le dénuement le plus total. Ils sont morts sans avoir obtenu la réalisation terrestre des promesses, mais ils les ont vues et saluées de loin, confessant qu'ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre - Hébreux 11:35-38.
Les uns comme les autres sont enregistrés dans le même registre de la foi : des héros de la foi.
A ce niveau de réflexion, une invitation capitale est lancée à chaque croyant : passer de la recherche de Jésus comme un simple « Sauveur qui bénit et exauce » à la soumission envers Jésus en tant que « Seigneur et Maître absolu ».
En effet, alors que le croyant débutant envisage le Seigneur uniquement comme la source de ses bénédictions et de ses guérisons physiques, le croyant mûr accepte que Jésus oriente et dirige sa vie souverainement, parfois vers des épreuves qu'il n'aurait pas choisies par lui-même — à l'instar de la parole du Seigneur Jésus à l'apôtre Pierre lui annonçant qu’un autre le ceindrait et le conduirait là où il ne voudrait pas aller.
Mais retenons que c'est précisément au cœur de cette fidélité maintenue dans la fournaise que se manifeste la présence glorieuse du Christ.
Pasteur Davy-Steeve Akewa





